Billets de lugguyguy

Intervention au Colloque International de Sociologie de Tours

Proposons un accompagnement des enseignants et des élèves sur une alternative à la morale traditionnelle par une éthique scolaire minimale & un éveil à la spiritualité laïque en élémentaire.

 

ÉTHIQUE MINIMALE & SPIRITUALITÉ LAIQUE HUMANISTE EN ACCOMPAGNEMENT ÉDUCATIF AU XXIe SIÈCLE  

 

LHEUREUX_Guy     AECSE -ANGERS -France    lheureuxguy_2000@yahoo.fr

 

Résumé : Notre société fait face à une violence caractéristique, face à un individualisme croissant et un chacun pour-soi développé : il en résulte une demande d’éthique issue des parents et de l’administration, un délitement de l’autorité, et l’accentuation de la délinquance chez les élèves. Aussi proposons-nous, -en alternative à la morale traditionnelle-, une éthique scolaire minimale & un éveil à la spiritualité laïque, ainsi qu’un rapprochement entre les concepts de sacré et laïcité : cet accompagnement peut s’envisager tant pour les enseignants que pour les enfants afin d’améliorer le vivre-ensemble, réapprendre laïcité et démocratie, éveiller aux valeurs humaines, réapprendre le calme et le sacré dans la perspective d’une pédagogie de la bienveillance. Afin d’éviter ici le déploiement d’une proposition abstraite & trop utopique, nous avons proposé des actions éducatives concrètes et sollicité l’avis de plusieurs centaines de professeurs d’école.

Mots clés : accompagnement éducatif, éthique scolaire, spiritualité laïque, sacré, éducation morale, valeurs humaines, humanisme & enseignement.    Nombre de signes et d’espaces : 28780.

 

 

- PROPOSITION DU CHERCHEUR[1] -

-1. Un accompagnement par une éducation vers une éthique scolaire minimale :                                              

1A. Les maîtres doivent pouvoir restaurer une éducation à la laïcité. En dehors de tout contexte religieux et de l’influence de tout dogme, les enfants seront initiés et informés sur le sens et les valeurs de la laïcité, grâce à une éducation civique liée à des lectures, des débats où l’éveil à une première réflexion philosophique sera développé avec des situations concrètes proposées à la réflexion échangée entre enfants.

1B. Un éveil scolaire à la démocratie et au dialogue mutuel démocratique pourra être mis en place quotidiennement dans toutes les écoles.       Cet éveil à la démocratie active peut s’effectuer par l’exploitation de situations vécues dans l’école ou les lectures, ou rapportées de médias dans le cadre des échanges et débats civiques et philosophiques à l’école. Il peut également être envisagé de manière transversale afin que chaque discipline soit l’occasion de rappeler les règles et les principes essentiels du fonctionnement démocratique tant à l’école que dans la société, l’actualité pouvant être utilisée aussi dans les débats quotidiens. L’ouvrage de Laurence Loeffel[2] peut être usité par les pédagogues dans ses aspects et suggestions pratiques. Aussi l’éducation à la citoyenneté au travers des études des fonctionnements et règlements, mais aussi l’incitation à la vraie participation à des actions collectives permettront, comme le suggère ce mémoire montpelliérain[3], d’initier les enfants et adolescents à une authentique participation citoyenne. Dans le cadre d’une pédagogie coopérative, l’initiation des élèves peut être réfléchie en pédagogie Freinet avec l’aide des conseils de coopératives, comme le propose H.L. Go dans son livre sur l’école de Vence (Vers la reconstruction de la forme scolaire, PUN, 2007).

1C. Les interdits fondamentaux pourront faire l’objet d’un enseignement moral nécessaire et rigoureux dans chaque classe pour les réapprendre.  Les tabous minimums et les interdits fondamentaux doivent être étudiés et rappelés, faire l’objet de séquences d’éducation morale avec exemples précis et concrets afin que tous les enfants les connaissent pour mieux les respecter et les inclure et intérioriser dans leur comportement quotidien. Cet éveil nécessite des explications et des exemples présentés et illustrés avec une langue et des mots simples compréhensibles par tous les élèves. Rappelons donc des interdits universels et fondamentaux : - d’abord, l’interdiction de tuer et l’obligation de respecter la vie d’autrui ;  de plus, -l’interdiction absolue de l’inceste ; -enfin, l’interdiction absolue de se manger entre hommes. On peut y ajouter d’autres interdictions qui devraient devenir fondamentales dans l’avenir en milieu scolaire : le respect de l’intimité des corps aux toilettes ; l’interdiction de voler les affaires des autres ; le respect absolu du corps de l’autre, quelque soit son sexe ; racisme, discrimination et ostracisme.

 1D. Une rééducation aux règles du vivre-ensemble et stratégies pratiques d'amélioration comportementale est indispensable pour faire diminuer la violence entre enfants. 

-Cette éducation peut être envisagée grâce à des ateliers de premières réflexions philosophiques en milieu scolaire, où des thèmes comme la violence, l’obéissance des enfants aux adultes, le respect mutuel des adultes envers les enfants et des enfants envers les adultes ; les stratégies pour apprendre l’autodiscipline ; qu’est-ce que l’autonomie pour un enfant ; etc.

-L’enseignement peut être centré sur la formation du caractère et sur l’amélioration du comportement à partir de débats sur des situations où des élèves ont pu agresser ou frapper des camarades. Il s’agit là aussi d’aider les élèves à apprendre le savoir-être ensemble en rappelant les lois internes à l’école, en établissant des contrats écrits pour le vivre-ensemble, autorité et respect mutuel, en apprenant aux élèves comment on peut acquérir des habitudes de réactivité pour éviter toute forme de conflit, en apprenant aux enfants volontaires la fonction de médiation, etc. N’oublions pas qu’il existe des Chartes de Respect Mutuel dans quelques écoles et collèges.                                                                                                                               

       
-2. Un accompagnement lié à un éveil à une spiritualité laïque comme ensemble de propositions pratiques & concrètes dans la pédagogie d'aujourd'hui et l'éducation de demain :                         

2A. La spiritualité laïque proposée à l’école : de quoi s’agit-il ? Il est nécessaire de rappeler de quoi on parle ici. Une spiritualité sans dogme ni religion ; une disposition d’esprit qui permet d’ouvrir son cœur et ses qualités de cœur ; une façon d’être et de se comporter en respectant les valeurs humaines et humanistes ; une richesse intérieure qui permet de…se positionner davantage dans l’être que dans l’avoir, dans le respect de la nature que dans la consommation engendrant pollution, un esprit ouvert aux valeurs de l’humanisme plus qu’à l’individualisme, la vie et le calme intérieurs plutôt que le paraître et le clinquants extérieurs… On peut ajouter le respect de ce qui est « sacré » et « laïc » (cf. 2G.)

Patrick Viveret[4] précise : « La spiritualité laïque n’est pas l’apanage des croyants. Il y a des spiritualités agnostiques et des spiritualités athées. Ce qui les réunit ? La conviction que la finalité humaine n’est pas l’acquisition de richesses, ni même la survie, mais la réalisation d’un projet de vie habité de sens. »

2B. Une ouverture des qualités de cœur des élèves.  Il y a là un besoin d’accompagner les enseignants et les élèves, les parents et les cadres, pour faire évoluer les paramètres et paradigmes de l’éducation et du comportement. La société contemporaine diffuse sa violence en permanence à chaque moment de notre existence, et l’un des moyens de refuser cette violence et de lutter pour que les caractères et comportements enfantins soient le plus possible exempts de violence, c’est d’abord l’ouverture des qualités de cœur des élèves.   Il s’agit de ne plus privilégier le mental et l’égo, mais de développer la sensibilité. Réapprendre à s’émerveiller, par exemple. Il s’agit aussi d’éveiller la sensibilité des élèves à respecter le sacré et la nature. Il s’agit de développer des qualités qui favorisent plus le vivre-ensemble que le chacun pour soi.  Les maîtres doivent également apprendre à favoriser le savoir-être vis-à-vis des savoirs eux-mêmes, faute de quoi, la violence, l’individualisme, et la société de consommation et de la rentabilité risquent de continuer à imprégner leurs cancers et leurs sidas tels ceux de la convoitise, du toujours plus, du paraître, du consumérisme à tous crins. Les valeurs humanistes et les qualités de cœur semblent plus essentielles dans la construction des citoyens que les valeurs marchandes, le culte de l’argent ou de la richesse matérielle.

2C- Un éveil aux valeurs humaines transversalement aux disciplines scolaires. Les valeurs humanistes et humaines en tant que champ d’enseignement et d’éducation sont approuvées par une moyenne entre 89 et 97% d’enseignants élémentaires dans notre enquête nationale. Quelles valeurs sont-elles candidates à représenter une authentique spiritualité laïque, et que les maîtres, en accompagnement de l’échafaudage de leurs élèves, peuvent éveiller en leurs jeunes consciences pour ces valeurs capitales ? D’abord l’esprit de paix, que nous découvrons être enseigné depuis 40 ans dans les EIP[5] (Écoles Instruments de Paix), et qui est reconnu comme valeur universelle dans un grand nombre de pays et de philosophies. Mais aussi toutes les valeurs liées à la fraternité, valeur emblématique française qui ne faisait pas partie des programmes ni des IO depuis plusieurs générations : solidarité, entraide, coopération, écoute empathique, démocratique et mutuelle, attention aux autres, serviabilité spontanée, service entièrement désintéressé : dans combien de matières ou de discipline, dans combien d’écoles ces valeurs humanistes sont-elles enseignées et éduquées au sein du système éducatif français ?  Il n’est jamais trop tard pour bien faire…même si un travail considérable est à accomplir tant dans l’accompagnement des enseignants (formation initiale) que celui des enfants, des familles (éducation scolaire et populaire).

2D- Quelles autres valeurs humaines à éveiller chez les enfants (à l’école et à la maison) et chez les professeurs (formation initiale et continuée) ?  La bienveillance, la vérité, la non-violence, la conduite juste, la rigueur morale, le respect mutuel, l’honnêteté et la droiture, la discipline, et toutes les valeurs en lien avec le non-racisme : la tolérance, le respect des différences, l’ouverture d’esprit. Mais aussi et encore la joie, la beauté, l’émerveillement, la sobriété[6] et la modération … ou encore le respect de l’environnement et de la nature, de l’eau, de la terre, de l’air. Nicolas Hulot pense que la Mutation Verte exige que nous percevions la nature comme sacrée. Mais n’oublions pas non plus les valeurs humaines véhiculées par le yoga traditionnel et la philosophie de Patanjali : la modération, la non-avidité & la non-convoitise, la tempérance, l’authenticité et la vérité envers soi, la sincérité. Sans oublier le contentement et la sobriété ainsi que le discernement.

2E. Des pratiques pédagogiques à instaurer dans les classes : assise silencieuse, le yoga traditionnel adapté aux scolaires. En effet, la pratique du yoga scolaire dans 600 classes françaises montre une régression de la violence et des actes délictueux (baisse de 96%)   Elle est acceptée par 72% des maîtres interrogés (25% NSP). Les élèves sont plus calmes, l’autorité des adultes mieux respectée, les résultats scolaires bien meilleurs, des enfants mieux centrés & plus attentifs, des comportements et attitudes enfantines[7] davantage en lien avec les valeurs d’entraide, de solidarité et de fraternité. Le M.E.N. a reconnu l’an passé les bienfaits du yoga traditionnel en classe, et accepté d’encourager sa pratique en milieu scolaire.

L’assise silencieuse permet de réapprendre aussi le calme intérieur, rééduquer à se centrer sur une seule chose pour guérir le papillonnement des attentions, et le zapping permanent qui empêche de se centrer sur l’essentiel. En Suède, cette pratique en classe a grandement permis les meilleurs résultats scolaires dans l’échelle européenne des comparaisons intellectuelles enfantines. Un ouvrage permettant aux enfants de se centrer en restant en silence a été distribué à toutes les écoles par le ministère de l’éducation.[8]…Le yoga et l’assise silencieuse permettent d’apprendre à vivre « dans le moment présent », tant aux adultes qu’aux enfants. Eckart Tollé nous rappelle qu’entrer dans cet espace silencieux et intemporel nous permet de prendre conscience que nous ne formons qu’un entre cet espace et nous-mêmes, et que nous sommes cette conscience éternelle à la base de toute création. Regrettant que la plupart des êtres humains n’établissent que rarement ou jamais un lien ou un contact avec cet espace, E. Tollé écrit[9] : « les personnes ne se préoccupent que de la forme, intérieure ou extérieure. Elles cherchent à combler le silence avec des pensées, des mots, des choses, des interprétations, des définitions, des jugements ! C’est comme si elles vivaient dans une pièce remplie d’affaires, une condition horrible que Bouddha qualifiait de souffrance. » Pour E. Tollé, le calme ne consiste pas en une simple absence de bruit. « Il est l'essence de toutes les galaxies et de tous les brins d’herbe ; de toutes les fleurs, de tous les arbres, de tous les oiseaux et de toutes les autres formes."[10] En accédant à ce calme intérieur, nous nous alignons sur le pouvoir et l'intelligence de la vie elle-même. Dans cet état, il n'y a ni souffrance, ni peur, juste une source d'amour, de joie et de paix intensément vivante. 

2E. Les arts martiaux réguliers à l’école (Aïkido, Judo, Tai-Chi-Chuan, etc.) Ces pratiques, régulièrement actées et vécues régulièrement en classe, permettent d’améliorer le vivre ensemble, de faire diminuer la violence, de permettre une restauration des autorités magistrales, de mieux respecter les lois internes de l’école, et d’être plus épanoui en tant qu’être scolaire… Ce sont les constats effectués par les enseignants, les intervenants extérieurs & les parents d’élèves. Mais n’oublions pas les bienfaits liés aussi aux comportements, aux résultats scolaires meilleurs, au mieux-être en classe, réapprendre le respect mutuel entre enfants, etc.

2F -apprentissage de la CNV au sein des écoles élémentaires. Comment vouloir la paix et la non-violence si nous ne les apprenons pas aux élèves de nos classes ? Dans plusieurs pays, comme la Suisse ou la Norvège les enfants apprennent la Communication Non-Violente, stratégie de relation et d’expression permettant de désamorcer toute intention de violence et d’agressivité chez les adultes et les enfants, respectant les basiques proposés par Marshall Rosenberg[11]. Les enseignants peuvent s’inspirer des livres de ce créateur international, ou de Thomas d’Ansembourg[12], et suivre les formations proposées aux enseignants du primaire comme la fédération CNV Loire-Atlantique qui propose stages et outils pour les maîtres depuis longtemps, de même que l’université de Paix de Genève, qui forme les maîtres scolaires depuis plusieurs dizaines d’années. Apprendre à écouter, à comprendre les besoins des autres enfants ou des adultes, exercer de l’empathie, se mettre à la place de l’autre plutôt qu’avoir raison, les enfants savent apprendre et savent faire, nous rapportent nombres d’enseignants en Grèce, en Norvège ou en Suisse, Belgique ou Finlande. Cet éveil à la CNV n’est pas compatible avec un système d’évaluation et de notation qui sème ce que certains auteurs nomment violence ordinaire (jalousies, frustrations, esprit de compétition, sont en désaccord avec l’esprit de paix). « Eduquer sans récompense ni punition » de J.P. Faure[13] va plus dans le sens d’une pédagogie de bienveillance que vers un système capitaliste où chacun doit être le meilleur et le plus fort, brillant, etc. qui paraît loin du ré- enchantement de l’école.

2G. Un éveil scolaire au "sacré" en lien avec la laïcité. Nous avons besoin, pour accompagner la construction enfantine de la personnalité et du comportement, de réapprendre le sacré laïc aux élèves des écoles. En effet, le concept de « sacré » n’est pas forcément lié à un dogme ou à une religion. Toute attitude ou tout comportement qui traduit un immense respect n’a rien de religieux dans les habitudes françaises. Le respect du corps d’un enfant par un enfant ou un prêtre ou un éducateur, c’est de l’ordre du sacré. Les personnes qui vous ont donné la vie, qui vont ont fait exister en tant qu’être humain : cela relève du sacré, pour moi en tant que chercheur après avoir interrogé des centaines d’adultes pendant 20 ans. Le respect dû aux personnes âgées, celles qui ont tout donné toute leur vie durant, pour la société, pour leurs enfants, pour leur environnement, ce respect aux vieillards est de l’ordre du sacré. Dans la nature aussi, le sacré existe, les hommes et les enfants l’ont quelquefois oublié, craignent les sociologues et philosophes de l’environnement : l’éco-spiritualité nous rappelle que la terre, l’eau, l’air sont sacrés. Par exemple, Comment peut-on remplir l’eau ou l’air avec du plutonium avec des centrales nucléaires mal contrôlées, que fait-on de la santé des français ? L’air qu’on respire, l’eau que nous buvons ne sont-ils pas sacrés, et donc éminemment respectables ? Les couleurs et les pigments sur les ailes des papillons sont sacrés, aussi devons- nous apprendre aux élèves de ne pas toucher leurs ailes, car ce geste les condamne à mort. Apprendre à reconnaître et respecter le sacré, c’est aussi redéfinir l’essentiel, l’important, le sens de notre vie, le « plus que respectable », etc.

In fine, pourquoi se passer de ces pratiques nouvelles et anciennes en Europe et qui apportent les résultats que l’on sait ? Une pédagogie de la bienveillance, une prédominance du savoir-être sur le cumul des connaissances, un éveil des qualités de cœur, un apprentissage des valeurs humanistes et humaines en lien transversal avec les différentes disciplines, l’introduction de pratiques nouvelles en pays cartésien, une sensibilité et une créativité plus développées, toutes ces suggestions pourraient faire évoluer la santé de notre école et améliorer les résultats. Et si nous essayions en France ?

-3. Ces choix et propositions sont approuvés par 320 professeurs dans une enquête nationale.

Quelques exemples de résultats relevés dans la recherche, et résumés par les schémas qui suivent résultent de l’enquête nationale :

a- Les activités et les valeurs choisies par les maîtres :  Les instituteurs  et professeurs des Écoles interrogés acceptent largement une spiritualité laïque (75%), de même une pratique du yoga scolaire (72%), un éveil aux valeurs humaines (92%),  mais aussi l’apprentissage de la CNV (85%) …ou encore l’initiation à des débats en philosophie sur sujets simples (81%) !

b. Les valeurs privilégiées sont les qualités de cœur (91%), le respect sous toutes ses formes (93%) la fraternité (75%), la coopération (82%) 

c. Voici des exemples sous forme de tableaux : 

VALEURS HUMAINES CHOISIES ET CLASSEES PAR LES MAITRES

 

VALEURS RETENUES PAR LES MAITRES POUR LA SPIRITUALITE LAIQUE

 

-4. Références de la recherche présentée :

-a. Thèse : voir université de Lyon et université de Rennes à l’adresse suivante : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00775897/document/ (téléchargements internautes : 4201 fois en 18 mois)

-b. Ouvrage : voir fiche auteur aux éditions Harmattan, à l’adresse où divers articles sont publiés (participation à des colloques, articles sur revues et sites) :

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&obj=artiste&no=25890

 

-5- Conclusions :

 

  1. Urgence d’ouvrir notre philosophie éducative ! Il est souhaitable de considérer l’éducation d’aujourd’hui avec une plus grande ouverture : c’est ce que pensent aussi des chercheurs, comme Philippe Filliot ou Eckart Tollé. Un enseignement et une éducation débarrassés de leurs préjugés, de leurs frilosités, qui ne soient plus sourds au domaine de la spiritualité laïque, et qui s’ouvrent vers d’autres façons de penser, de sentir, d’apprendre, de réfléchir et de chercher.

Il est non utopique et urgent, m’ont déclaré des auteurs, tels Michel Serres, Edgard Morin ou Pierre Rabhi, que l’éducation nationale en France s’honorerait à mettre en place un éveil transversal à la spiritualité laïque. Il en est de même de la proposition faite pour une éducation aux valeurs humaines dans toutes les écoles de métropole, publiques et privées.

 

  1. Repenser les fonctions de l’école et du maître ! Il est souhaitable de repenser les objectifs de l’éducation vers un meilleur équilibre entre les savoirs et les savoir-être, entre l’empilement des connaissances et la formation du comportement et du vivre ensemble. Aussi l’école d’aujourd’hui et de demain se doit-elle de ne plus se laisser imprégner et costumer par les cancers et les sidas de la société. Les ESPE pourront former et construire les futurs maîtres sur ces idées simples et concrètes permettant de réconcilier les enfants avec l’école. Le MEN serait bien inspiré d’accompagner Maîtres et Professeurs en reconsidérant les formations et les programmes ! Arrêter de comparer, d’évaluer, de juger, de punir, de récompenser, d’humilier, de ségréguer, de noter ou de séparer en rangeant les élèves dans des cases, etc. Mais les suggestions pour former les futurs enseignants ne manquent pas, telles la transversalité de l’éthique en classe, les nouvelles pratiques : réfléchissons aux futures recherches pour la suite.

 

  1. Est-ce utopique que de repenser l’ensemble du système ? En se contentant d’invoquer la réussite « scolaire » comme horizon suprême, on évite de se poser la question toute aussi essentielle de savoir si cette réussite a aussi à voir avec « la réussite humaine » qui en appellerait à des critères relevant de dimensions relationnelles, éthiques et spirituelles. Certes, on évoque dans les textes officiels, parmi les objectifs et missions de l’école, « l’épanouissement de la personnalité de l’élève » et des valeurs collectives comme « la solidarité et la coopération ». Mais ce discours paraît relever d’une rhétorique[14] bien rodée, qui affecte peu en vérité les pratiques ordinaires de l’école.

Ainsi, en haut lieu innovateur, à vouloir conquérir un peu de cette réussite humaine sans renoncer aux valeurs de la compétition et de la concurrence généralisée - ces restes de barbaries « douces » - on ne soulève guère la contradiction. Car à quelles conditions les innovations sont-elles susceptibles d’entamer le système scolaire dans ses fondements d’injustice, de ségrégation et de désespérance ? La transformation en profondeur du système scolaire ne doit pas oublier au passage la transformation des pédagogues[15] et des éducateurs, pour qu’ils puissent acquérir la « maturité » psychologique, et surtout éthique, sans laquelle l’innovation ne produira jamais que des effets de surface.

La violence sociale essaime partout dans l’école et dans la jeunesse, comme l’indiquent d’une façon inquiétante les statistiques de la montée de la délinquance juvénile en Europe et en France. L’éducation à la frustration dès le plus jeune âge semble poser problème. De plus les parents souhaitent très souvent que ce soit l’école qui assure l’éducation morale et la forge de bonnes habitudes sociales et humaines…La demande d’éthique est forte dans notre société, comme en entreprise. Les enfants semblent -souvent- laissés à eux-mêmes concernant les écrans, la télévision, les téléphones portables, les jeux vidéo. Malgré les cris d’alarme de penseurs comme Bernard Stiegler, auteur de La télécratie contre la démocratie[16], rien ne semble réellement se dessiner, ni au niveau des pouvoirs politiques, ni au niveau des autres pouvoirs (justice, administration, religions, médiatique, etc.) L’économie n’aurait donc pas intérêt à respecter les enfants et les adolescents, car elle perdrait des marchés et des milliards, et ce n’est pas la préoccupation des entreprises et de l’économie que de veiller à l’équilibre, au bon épanouissement des enfants, ni à l’avenir de leur santé mentale, ou psychologique.

 …Mais il nous faut comme chercheur et être humain, garder espoir coûte que coûte, et croire en l’homme, car nous sommes dotés d’une conscience et d’une capacité de réflexion et de décision. Garder espoir dans la jeunesse d’aujourd’hui et de demain. Garder espoir dans le monde adulte d’aujourd’hui. Car des solutions existent. Les éducateurs, les élus, les parents, les enseignants, sauront-ils les entendre, les comprendre, les essayer ? Il est plus tard que tu ne penses, ajoutait Gilbert Cesbron, en fin d’un beau roman. Et Nietzsche d’écrire et de rappeler que « l’enfant est le père de l’homme » [17] A quand la longanimité[18] et l’écoute du silence dans les programmes scolaires ?

Références bibliographiques.

Ansembourg(d’)T. (2009), Etre heureux n’est pas nécessairement confortable, éd.de l’Homme). [Lire aussi Cessez d’être gentil, soyez vrai (éditions de l'homme 2014                                     Bouquet-Rabhi,S.(2011) La ferme des enfants, une pédagogie de la bienveillance. Actes Sud.                                                                                                                                                                 Filliot, P. (2011) L’éducation au risque du spirituel. Desclée de Brouwer.                                                                                                                                                                                               Flack, M. et Coulon, J. (2005) Le yoga en milieu scolaire : des enfants qui réussissent. (Edit. Desclée de Brouwer, Paris).                                              .                                                         Lheureux G. (2014) Education morale et éthique scolaire hier, aujourd’hui et demain. Edit. Harmattan) Sous-titre: « Éthique minimale et spiritualité laïque comme alternatives ?                            Loeffel, L.(2009) Enseigner la démocratie Nouveaux enjeux, nouveaux défis. A. Colin, Paris.                                                                                                                                                           Ogien, R. (2002) L’Éthique aujourd’hui. Maximalistes et minimalistes. Folio-Essais.                                                                                                                                                                      Ottavi, D. (2003) Intervention et Article « La disparition de la morale est- elle une fatalité » cf. Colloque Ushui de Paris, et Actes : Éthique et éducation. L’Harmattan                                      Prairat, E. (2010) L’autorité éducative, déclin, érosion, ou métamorphose. Editions Presses Universitaires de Nancy.                                                                                                                   Rosenberg, M. (2011) Parler de paix dans un monde de conflits (Jouvence, Genève)                                                                                                                                                                          Tollé E. (1995) Le pouvoir du moment présent (Éditions Ariane)


[1] 320 instituteurs et professeurs des Ecoles de France ont répondu à toutes les questions d’un questionnaire national précisant leurs options et leurs choix dans les stratégies éducatives et pédagogiques proposées

[2] L’apprentissage de la démocratie, Laurence Loeffel, (Armand Colin, 2007)

[3] Rédigé par un stagiaire CPE, Rudi Viala, ce mémoire est disponible sur les annales du CRDP de Montpellier, et a pour titre Accompagner tous les élèves au travers de la formation des délégués de classe.

[4] Viveret Patrick est philosophe et ex-conseiller à la Cour des Comptes. En tant qu’auteur il a notamment écrit : Reconsidérer la richesse (Éditions de l’Aube) & La Cause Humaine, du bon usage de la fin d'un monde (Éd. Les liens qui libèrent).

[5] Ces écoles -E.I.P.-  sont au nombre de 60 en France et 2500 en Suisse.

[6] Pierre Rabhi a développé la philosophie de la sobriété qui rend la vie plus équilibrée dans son ouvrage : La sobriété heureuse (Actes Sud)

[7] Flack M.,et Coulomb J. (2005): Le yoga à l’école, des enfants qui réussissent.(Desclée de Brower, Paris)

[8] Snel Eline, (2012) : Calme et attentif comme une grenouille. (Éditions Les Arènes).

[9] Tollé Eckart, (2011) L’Art du calme intérieur (éditions J’ai lu). Cet écrivain est un philosophe allemand.

[10] Tollé E. a publié un livre sur l’importance du moment présent s’est vendu (en 145 langues) à 3 millions d’exemplaires (cf. bibliographie)

[11] Rosenberg Marshall, (1998) Les mots sont des fenêtres, éditions La Découverte, (Genève), livre essentiel sur la CNV.

[12] Ansembourg (d’) Thomas, Etre heureux n’est pas nécessairement confortable, éditions de l’Homme, 2009. TDS est maintenant le responsable CNV de toute l’Europe. Autre livre : « Cessez d’être gentils et soyez vrais »(2014, Edit. de l’Homme)

[13] Faure Jean-Philippe, éditions Jouvence, est un formateur et enseignant CNV en Suisse. Ses ouvrages vont dans le sens d’une éducation qui vient du cœur et privilégient la formation du comportement à l’accumulation des savoirs. Exemple : « L’empathie, le pouvoir de l’accueil » (Jouvence, 2013)

[14] Foucault définit la rhétorique comme un discours que l'on dit mais que l'on ne pense pas : le rhéteur ne dit ce qu'il pense.

[15] Mais aussi les inspecteurs, formateurs, administrateurs, qui pourraient apprendre l’Éveil aux Valeurs Humaines (EVH).

[16]  Stiegler B. (2006) aux éditions Flammarion. Cet ouvrage que tous les éducateurs de maternelle à l’Université, de la crèche à la formation des adultes, tous ceux qui travaillent avec des enfants pourraient lire avec attention, rigueur et approfondissement, dénonce l’addiction de la jeunesse aux écrans, esclavage qui prive de liberté et de démocratie en devenant des aliénés aux marchands de programme.

[17] Nietzsche a rendu cette phrase célèbre. Dans sa version banale, « L’Enfant est le Père de l’homme » était une formule initialement exprimée dans un poème Anglais de Wordsworth (1770-1850) ; elle fut reprise comme base dans la théorie de l’existentialisme, encore plus péremptoire chez Freud, car il aurait affirmé pendant une conférence que « l’enfance forge la personnalité de l’homme. »

[18] Longanimité signifie patience, indulgence et bienveillance réunies.

COLLOQUE Intern. NANTES: La morale évoluera-telle vers 1éveil à la spiritualité laïque & 1éthique minimale en France au 21° siècle?

Intervention lors du Colloque International de Nantes de novembre 2013

 

  L’éducation morale traditionnelle peut - elle évoluer avec une double alternative :

un éveil à la spiritualité laïque et une éthique minimale en France au XXIe ?

 

Message et prétexte introductifs

 

Ce sont des propositions concrètes et suggestions que G. Lheureux, ancien enseignant et formateur d’enseignants[1], propose dans sa thèse en sciences de l’éducation présentée récemment à l’université de Rennes 2[2]. Le chercheur constate d’abord le décalage entre la mort progressive de l’éducation morale traditionnelle,  la demande sans cesse croissante d’éthique et de restauration des valeurs morales par la société elle-même dans laquelle les parents se sentent désemparés. Les médias dénoncent  aussi une augmentation des violences ordinaires. Ce déficit d’éthique à tous les niveaux de la société paraît avoir gangréné toutes les strates de  l’école  pour de multiples raisons: 

 -1- L’autorité des adultes français paraît s’affaiblir chez les éducateurs  pour toutes fonctions (parents, instituteurs, professeurs, éducateurs) ;

-2- l’absence d’outils efficaces pour la résolution des conflits et de la violence qui semblent s’installer durablement  dans le paysage éducatif à tous les échelons ;

 -3- la rareté  fréquente de leçons d’éducation morale ou de chartes d’éthique dans les classes publiques et privées depuis les années 68/70 ;

-4- la suppression de la formation pédagogique des maîtres et professeurs depuis plusieurs années ;

-5- la  judiciarisation excessive des parents contre les enseignants pour des petits délits habituellement résolus en gestion interne à l’établissement.

-6- plusieurs autres raisons majeures et sociétales, telles des habitudes culturelles ou sociales néfastes, comme le consumérisme à tous crins, le chacun pour soi, le tout-tout de suite et l’addiction des jeunes aux écrans ou la compétition.

 

 Cadres  théorique et méthodologique

 

Le cadre théorique  est précis et il se compose d’une revue de questions sur la morale scolaire et l’éthique, la spiritualité laïque, la question des sanctions et l’autorité; mais également des définitions des termes et des divers concepts , supports psychologiques ou pédagogiques des concepts, comme les liens entre éducation et morale et éthique, ainsi que les apports théoriques des philosophes (Rousseau, Dewey, Foucault, Pena-Ruiz, Ricœur ou Ogien), des pédagogues et chercheurs (Descombes, Prairat, Go, Favre, Barbier, De Vergely, Lipovetsky, ou encore Stiegler…)., etc.

 

La méthodologie  est plurielle: questionnement  de recherche élaboré après un pré- sondage, historiographie de l’éducation morale des années Ferry aux années Mitterrand-Sarkozy, enquête nationale auprès des enseignants français du 1° Degré sur leurs choix, leurs propositions et leurs priorités éthiques et morales ; propositions concrètes de stratégies et activités nouvelles, relevés de  résultats et de conclusions de l’enquête.70% des maîtres interrogés sont favorables  au yoga et 80%  à l’éveil à l’esprit de paix ; la spiritualité laïque exempte de tout dogme est acceptée par 76% des instituteurs, dont une forte majorité  souhaite une application de la non-violence à l’école. L’éveil à l’humanisme et l’éducation du comportement sont choisies à 95% en comparaison avec la construction des savoirs (48%). Enfin, les 4 raisons qui expliquent la violence entre enfants sont prioritairement la disparition des valeurs morales dans la société, des parents démissionnaires ou dépassés ;

 

Propositions  présentées pour l’école du XXIe

 

Le chercheur propose donc deux stratégies à installer dans les écoles françaises du premier pour servir d’alternatives à l’éducation morale traditionnelle. L’éthique minimale renvoie à la définition concertée des règles du vivre ensemble, réapprendre les interdits fondamentaux, restaurer une pratique démocratique en classe et dans l’école, proposer des ateliers de philosophie et la refonte des stratégies d’évaluation, une lutte contre toute forme de violence et de nuisances internes à l’école,

La spiritualité laïque présentée dans la recherche suggère une rééducation au « sacré laïc », une utilisation de la « communication non violente » (C.N.V.), l’éducation à des pratiques nouvelles (yoga scolaire, assise silencieuse, arts martiaux), un développement de l’intelligence divergente, un éveil aux valeurs humaines et humanistes, telles la paix extérieure et intérieure , et la non-violence, comme valeurs humaines essentielles dans nos écoles. Et enfin  une pédagogie de la bienveillance qui accorde autant d’importance au savoir-être qu’aux connaissances...

Ces deux ensembles propositifs ne peuvent pas être présentés et illustrés sans rappeler qu’ils s’inscrivent dans une double perspective  philosophique, constituée par  deux fondamentaux qui éclairent ces suggestions : l’attachement à la laïcité et à l’exercice de la démocratie.

 

Pourquoi proposer une  éthique minimale, et laquelle ?

 

Plutôt qu’une éducation morale imposée sans participation active de l’enfant, nous suggérons une formation éthique minimale, dont les principes et les règles sont expérimentés dans l’action et intériorisés par l’enfant quand il choisit de les adopter par conviction et autonomie, après les ateliers de réflexion et les échanges mutuels sur les situations vécues. Quels contenus ? D’une part, les tabous fondamentaux,  ensuite les règles incontournables du vivre ensemble, de plus le réapprentissage de la démocratie et de la laïcité.

-1- l’apprentissage à la démocratie, lié à une recherche de la résolution des conflits, une expression personnelle des enfants, non téléguidée par une autorité magistrale de type autoritariste, mais fonctionnant sous un type participatif, qui assure une formation citoyenne et civique[3], tout en évitant les errements d’une morale à l’ancienne, caractérisée comme impositive,  autoritariste ou non coopérative, qui laissait peu de place à l’expression libre et citoyenne des élèves.

-2- le réapprentissage des règles du vivre ensemble, habitude essentielle dans le panel proposé, comme l’exemple des 5 basiques de la politesse qui sont appris en maternelle (« bonjour, au- revoir, merci, s’il vous plaît, excusez moi »)  Mais aussi le civisme : Dans l’ouvrage 50 activités pour enseigner l’éducation civique et morale, O. Brenifier[4] qui propose 3 objectifs en cycle 3 liés au civisme, apprendre à approfondir, apprendre à problématiser, apprendre à conceptualiser.

-3-la reconsidération des procédures d’évaluation à l’école afin de proposer de nouvelles stratégies où l’erreur est tolérée et bienvenue, et où on peut enseigner sans récompense ni punition, où on cesse de répandre de la violence ordinaire avec les comparaisons intempestives semant rancunes ou humiliations, ou les remarques maladroites qui blessent les apprenants.

-4-rééquilibrer l’importance des objectifs  éducatifs des savoirs avec ceux du savoir-être, aussi important , car on ne remplit pas seulement une tête , on éduque aussi un individu : l’école est un lieu de construction et de formation des êtres humains et futurs adultes. Apprendre à arbitrer les conflits doit aussi rentrer dans cette perspective, tout comme la formation de la personnalité ou l’éducation du caractère. Ce n’est pas seulement une constante dans les traités éducatifs ou philosophiques chinois ou indiens, c’est aussi une demande des professeurs interrogés dans le sondage effectué: les objectifs du travail de l’enseignant réaffirment son rôle d’éducateur sans aucune ambiguïté :

 

-1. Construire des savoirs

42%

-2. Éduquer le comportement, former la personnalité

79%

-3. Former un être humain équilibré et tranquille

80%

-4. Construire un individu avec "une tête bien faite"

60%

-5. Apprendre à vivre ensemble (lien social harmonieux)

92%

-6. Enrichissement culturel et artistique

62%

-7. Apprendre à amasser des biens et de l'argent

5%

-8. Développer l'autonomie et favoriser l'autodiscipline

78%

-9. Éveiller l'humanisme (respect, solidarité, paix)

93%

-10. Ouvrir les qualités de cœur des élèves

91%

 

Les rôles de formateur et d’éducateur, dans l’optique d’une éthique minimale, ne peuvent échapper à aucun enseignant, ce que rappellent philosophes et chercheurs de  Rousseau à Dewey, de Foucault à  Stiegler ou de Descombes à Mérieu. Les enseignants consultés expriment ce même souci de réhabiliter la fonction morale et éducative afin de rééquilibrer les tâches morales et éthiques des professeurs, aussi importantes que les tâches d’enseignement proprement dit…

 

Pourquoi une éducation à la spiritualité laïque et sous quelles formes ?

 

D’abord l’école doit absolument revenir à des valeurs supérieures et non conforter les pseudo-valeurs véhiculées par une société de consommation , laquelle est incapable de juguler le développement de la violence, ni faire preuve de discernement  concernant son propre avenir, le seul exemple de l’environnement est porteur d’inquiétude, car l’agriculture intensive et l’industrie polluante  empoisonnent l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons, et nuisent à la santé des habitants.

 

La première étape de cette spiritualité est donc un éveil aux valeurs humaines et humanistes, valeurs spirituelles supérieures aux valeurs matérielles développées par le consumérisme, comme le développement de  l’esprit de paix. Nous rappelons que la solidarité et la fraternité, comme la non-violence seront des valeurs humaines essentielles dans l’école de demain. En effet, si l'on pose qu'il y a une crise contemporaine de l’éthique, ce déficit de moralité peut être imputé au fait que l’individu est plus tourné vers lui-même que vers les autres : « le problème éthique contemporain vient du fait que…tout tend à favoriser notre logiciel égocentrique alors que notre logiciel altruiste ou communautaire est sous-développé… » (Morin, 2004, p.198). Sans nous éclairer forcément sur ce qui peut en être cause, cette idée facilement partageable nous oriente de façon évidente vers l'hypothèse d'un déficit de formation aux valeurs humanistes dans la société actuelle.[5]

Quelles valeurs humaines et humanistes donc éduquer et enseigner ?

L’éveil à la Paix, valeur essentielle, indispensable à construire et à forger dans la conscience éthique de l’enfant au vu des agressivités et violences qui envahissent la société. Moteur des écoles françaises appelées « Écoles Instruments de Paix », cette valeur éducative et humaniste peut être enseignée dans des situations pratiques, et à partir d’expériences concrètes, et servir de fil rouge transversal à l’enseignement.

La solidarité et la coopération seront aussi des habitudes que chaque professeur peut forger a fil des occasions pédagogiques afin de développer l’entraide entre élèves, et expérimenter l’efficacité positive de l’interdépendance, la bienveillance avec les camarades, et l’esprit démocratique dans le fonctionnement coopératif de la classe et de l’école… Quand proposition transversale est faite aux élèves et aux maîtres de concrétiser dans l’action une valeur humaniste  telle la solidarité, l’enseignant peut croiser l’éveil à la bienveillance et la solidarité avec les mathématiques, par exemple  au CM2.

La non-violence qui s’apprend dans des centaines d’écoles en Europe grâce à la C.N.V. (communication non violente) initiée par M. Rosenberg[6] grâce auquel les antennes fournissent des outils et des formations pédagogiques, stratégie qui permet de réduire les violences échangées entre enfants de façon importante.

 Et les autres valeurs humaines, comme la conduite juste, le service désintéressé, l’altruisme et la compassion, mais encore la vérité, la justice, l'action droite, la paix, l'amour universel…

L’enquête départementale auprès des instituteurs sur ces valeurs leur a fait choisir pour une grande majorité trois valeurs humanistes. Concernant les objectifs éducatifs, leurs réponses ne souffrent pas d’ambiguïté : 4 objectifs de type éducatif recueillent un pourcentage important des réponses : -1-  Ouvrir les qualités de cœur des enfants : 93%

-2-  Éveiller humanisme et valeurs humaines : 93% ; -3-  Développer autonomie et autodiscipline : 93% ; 4-  Apprendre à vivre ensemble : 92%

Quant aux valeurs humaines elles-mêmes, la solidarité, l’honnêteté et la tolérance forment le trio de tête des réponses des enseignants du 1e degré :

A. Entraide, bienveillance, solidarité, qualités de cœur: 309 oui s/320 réponses (96%)

B. Dire la vérité,  honnêteté, intégrité, droiture : 299 oui s/320 réponses (93%)

C. Tolérance, acceptation des différences, non- racisme : 285 oui s/320 réponses (85%)

 

La seconde étape propose des activités éducatives et pédagogiques nouvelles.

En effet, un des buts prioritaires d’une école en bonne santé est une recherche systématique d’une société et d’une école  luttant contre toutes les  formes de violences, externes et internes aux écoles. Cet objectif nous conduit à proposer des actions développant la non-violence dans les rapports interindividuels, comme l’initiation à la CNV. Comme aussi la proposition d’une initiation au yoga et à l’assise silencieuse,

Pourquoi le yoga et l’assise silencieuse ? Ces pratiques favorisent l’intériorisation, l’écoute, le calme, la concentration, le discernement, qualités non développées suffisamment et peuvent combattre les mauvaises habitudes des élèves  influencés négativement par la société d’aujourd’hui : éparpillement, dictature des désirs sensoriels au détriment de la prise de conscience des besoins réels. La recherche permanente sur le yoga à l’école depuis 15 ans et les 700 classes qui le pratiquent en métropole témoignent des bienfaits importants, tant liés à la concentration, au calme qu’à l’amélioration de la santé, des résultats et des comportements scolaires[7] (les enseignants liront avec intérêt le livre de M. Flack et de J.Coulon, 2008)

Pourquoi la Communication Non-Violente (C.N.V.) ? Appliquée dans de nombreux pays européens, africains,ou américains, elle apporte une baisse très importante de la violence, favorise nettement un vivre ensemble apaisé, développe la compréhension mutuelle entre enfants La CNV favorise aussi certaines qualités humaines chez l’enfant telles l’empathie, la sympathie et la vraie écoute mutuelle,

 

Une 3e étape pourrait réhabiliter le lien entre la  laïcité et le sacré dans notre société.

La troisième étape d’une spiritualité laïque à l’école sera de se réapproprier la notion de sacré laïc par les élèves, les enseignants et tous les partenaires. Le respect de la vie est sacré. Le respect des parents et des éducateurs est sacré. Le corps d’un enfant est sacré. Le caractère éminemment respectueux  des sujets et des objets caractérise le concept de sacré employé dans l’enseignement.  Le respect de la nature, de l’eau et de la terre doivent être considérés comme  sacrés, car ils conditionnent le maintien de la vie sur terre, aussi ce caractère sacré de l’environnement doit faire partie de l’éveil éducatif à l’école. Il en est de même du respect entre garçons et filles, comme le respect des enfants par les adultes et des adultes par les enfants.

 

La sanctuarisation récente de l’école est souhaitée par nombre de parents et de politiques, cette position conduira toute école à être considérée comme un « lieu sacré » et protégé » dans lequel les enfants ou les élèves sont protégés de toute arrestation policière, par exemple, renforce ce besoin  social et cette nécessité de redéfinir aussi ce « avec quoi on ne transige pas, et que nous devons « sacraliser » dans nos habitudes de vie , notre vivre ensemble et dont les rappels pourraient être proposés dans une charte ou un contrat mutuel et inter partenarial sur les règles duquel tous les partenaires s’engageraient à suivre comme fil rouge des conduites et comportements…

 

Pour Reboul, l’éducation conduit forcément au sacré, car elle pose et vise des valeurs humanistes : « éduquer, c’est apprendre à respecter les droits d’autrui, de la collectivité et enfin les droits de l’homme[8], qui transcendent toute collectivité : c’est initier à ce qui demeure, au-delà de toutes les variations culturelles ou religieuses, sacré. »[9] L’éducation touche au sacré, non religieux mais le sacré de la culture, de la raison et de l’homme : ici l’humanisme est donc posé comme socle, fin et certitude première transcendance culturelle : « notre engagement classique et humaniste est indéniable ; mais il n’y a pas de philosophie sans engagement ».

 

C’est aussi l’avis de Houssaye : « À partir des valeurs, on voit donc l’humanisme définir à la fois le sens de l’école, le contenu de l’école et la pédagogie de l’école. Sur une base d’un lien indissociable entre rationnel et sacré, le but de l’éducation devient clair et absolu : transmettre et permettre d’acquérir les valeurs universelles et l’héritage culturel. Le respect d’un héritage et l’éveil d’une conscience ne vont pas l’un sans l’autre. »[10]

 

C’est aussi la société humaine qui est sacrée. C’est ce sacré qui, déplacé sur l’enfant, interdit que l’on frappe un enfant : c’est bien le déplacement du sacré sur la personne qui interdit le recours aux châtiments corporels. Reboul souligne que, sans le sacré, une morale n’est pas une morale : pour que chacun respecte chacun, ne faut-il pas admettre, au-delà de la solidarité du groupe, une valeur sacrée qui concerne tous les hommes : la valeur des hommes ?

 

 

Argumentation et frictions.

 

Mort de la morale dans l’école et la société : est-ce sérieux ?

  1. Trop d’éthiques tuent l’éthique. D’aucuns pourraient penser que il n’y aurait pas « mort de la morale » mais au contraire une inflation de l’éthique dans tous les secteurs de la société. L’observateur tranquille peut alors penser que l’inflation des éthiques tue l’éthique elle-même.

En effet, s’il y avait une « éthique » tout court, propre à soi et intérieure, les hommes ne se seraient pas sentis obligés de créer de nombreuses éthiques, telles une éthique religieuse, une éthique médicale, une éthique politique, une éthique économique, une éthique sociale, etc.

 

B. La science, l’église et la société de consommation tuent la morale” et annihilent  l’éthique.

 

La science a depuis longtemps tenté de s’approprier le domaine de la morale en mettant en avant ses progrès dans certains domaines, comme le recul de l’âge de la vie, l’amélioration de la santé des personnes… ce qui l’a conduit à vouloir annexer la morale sous la houlette du domaine scientifique. Dans son gros ouvrage sur la morale sort de l’ombre, le philosophe Paul Baladier rappelle que la science a dévalorisé la morale et la philosophie morale, en montant en puissance sa rationalité scientifique et technique, instituant un système de pensée efficace, féconde, et convaincante dans son aptitude à approcher le réel pour l’observer, le connaître et l’ordonner au bien d e l’humanité : « cette raison instrumentale fondée sur la considération de ce qui est, ne pouvait pas ne pas apparaître comme rivale redoutable par rapport à une morale  avec une raison de ce qui doit être »[11]

Jean Ladrière, sans utiliser les mêmes arguments, parle aussi de déstabilisation de l’éthique et du prestige de la raison morale par la raison scientifique dont la renommée est énorme dans la société actuelle. Les progrès de tous ordres aux niveaux scientifique et technologique ont conduit un certain public à attendre de ce progrès la réalisation des attentes humaines, comme le bonheur, la suppression de la souffrance, ou l’harmonie sociale., nous précise l’auteur de L’éthique dans l’univers de la rationalité .

 

L’église  s’est attribué le domaine de la morale en prétendant détenir la vérité révélée, et en semant l’angoisse et la peur pour conserver son influence et son pouvoir sur ses fidèles… De plus se prétendre détenteur de la morale au moment où l’église est critiquée et contestée n’est pas chose simple pour les moralistes chrétiens, avec les cas toujours plus nombreux de délinquance pédophilique émanant du clergé, ou la désertification des églises par les fidèles qui ont difficulté à admettre l’intolérance vis-à-vis des divorcés ou l’incapacité des chrétiens de confessions différentes à s’entendre entre eux pour un œcuménisme minimal bien compliqué à développer…

 

C.La société de consommation a tué la morale en magnifiant le consumérisme, qui lui-même a permis le développement de l’individualisme et du « chacun -pour- soi », développant le culte de l’argent comme valeur-phare, contraire aux valeurs humaines et morales qu’une éthique développant l’humanisme s’efforce de développer. La dépendance aux désirs personnels et sensoriels facilite davantage l’envie et la jalousie que la solidarité ou le partage. « Cette crise des désirs a entraîné d’autres crises, comme le consumérisme, le “chacun pour soi” et l’individualisme, la paix et la tranquillité ont disparu et on observe un grand mal-être partout, même dans l’école » s’offusque Pierre Rabhi dans l’ouvrage collectif  récent [12] Se changer pour changer le Monde.

 

Pourtant enseigner et éduquer ne peuvent se faire sans moraliser !

 

L’école, le collège et le lycée en France n’éduquent pas souvent aux valeurs humanistes ni ne les enseignent systématiquement dans un cours d’éthique ou de morale qui serait régulier et inscrit au programme. Même si l’État est en partie responsable, car il est le définisseur et l’écriveur officiel des programmes, les enseignants aussi, tout comme les parents ont leurs responsabilités, car il leur, revient, aussi, d’assumer une éducation morale, comme tout éducateur qui se respecte.

Nombre de grands auteurs ou philosophes ou chercheurs rappellent qu’on ne peut enseigner sans morale, tels des penseurs comme Dewey, Descombes ou Ricœur. Pour Dewey, dans Démocratie et éducation (1975), éduquer c’est non seulement enseigner mais aussi moraliser. L’éducation et la morale sont inscrites dans le même acte pédagogique, car au sens large du terme, la morale, c’est l’éducation elle-même .Pour  Paul Ricœur, qui a écrit cette belle phrase : «la vie bonne doit être pensée et mise en actes avec et pour les autres, dans des institutions justes.»[13]

 Ou encore  Descombes, qui  rappelle avec conviction, dans le raisonnement de l’Ours, qu’aucun éducateur ne peut donc assumer son œuvre éducative en se passant de morale. Pour enseigner la morale, l’éducateur doit pouvoir jouir d’une autorité reconnue par les élèves. : « Quel que soit son domaine de compétence, un éducateur doit faire passer chez ses élèves une leçon de morale humaine et pas seulement un savoir ou un savoir-faire dans tel ou tel domaine. Il doit leur communiquer, non seulement une compétence dans une discipline, mais, pourrait-on dire, la “moralité” de l’apprentissage (comme il y a la  “moralité”  que l’on tire de la fable) ».[14]

 

Querelle de termes .

L’opposition entre les concepts « éthique » et « morale » tient-elle la route ?

 Pourtant le terme de morale semble rejeté ! Le terme de morale et tout son cortège passé entraînent lever de boucliers ou opposition farouche… Aussi, à entendre Laurence Loeffel[15], chercheuse émérite sur l’éducation morale, il fut un long temps  entre les années cinquante et quatre-vingts, où aucune institution ni plus personne ne voulait entendre parler du terme de morale, ce qui a fait les beaux jours de l’éducation à la citoyenneté et l’éducation aux valeurs dites civiques… Donc une certaine « mort de la morale » qui coïncida aussi avec un développement du consumérisme et une explosion de la violence. On comprend bien que le chacun pour soi, la dictature de sa majesté - fric et le tout -tout de suite n’ont pas favorisé le calme et la paix, ou le développement des valeurs humaines à l’école, dans les familles les écoles et la société.

Mais quand on observe les résultats des deux sondages

 

 

N’est-ce pas utopique de proposer une éthique de valeurs nobles dans une société aux valeurs marchandes et consuméristes ?

 

 Premiers essais de réponses.

 

Non, car l’utopie fait avancer les positions et réfléchir sur les certitudes ou interroger des habitudes éducatives anciennes. Non, car il faut bien essayer de comprendre les raisons de cet délitement progressif de l’autorité éducative, ainsi que l’explique Eirick Prairat. L’auteur de  l’autorité éducative nous rappelle en effet soutient l'idée que nous assistons, dans cette période postmoderne, à une érosion de l'autorité éducative (Prairat, 2010), et le lien entre autorité des éducateurs et éducation morale n'est pas à démontrer.[16]

 

Les enfants, non plus soumis aux modèles ni à des valeurs supérieures, contestent les enseignants quelquefois relayés par les parents ; ces conditions difficiles mettent en difficulté l’acte éducatif lui-même, l’école se trouvant de facto simplement cantonnée dans un rôle de « transmission des connaissances ». Cette évolution est préjudiciable à l’image de marque de l’école et à la réputation des enseignants ; l’interdiction des sanctions et le refus de l’autorité minent l’édifice et conduisent à une perte de confiance dans l’institution et dans le système scolaire, la méfiance des parents et enfants  se trouvant renforcée par une crise sociale (Morin, 2000).

 

Non, il n’est pas utopique de restaurer l’autorité morale des enseignants. Car il faudra bien trouver des solutions à la violence constatée tous azimuts dans les lieux ou espaces éducatifs, et non se contenter de plans qui ont échoué depuis plusieurs décades. Non, car les éthiques et morales et valeurs mises en place dans certains pays d’Europe conduisent à des meilleurs résultats que le conservatisme républicain qui est le nôtre depuis un certain temps. On peut notamment observer qu’une pédagogie de la bienveillance et du respect réellement mutuel permettent à des pays voisins de la France d’observer à la fois moins d’actes délictueux et des élèves plus heureux réussissant mieux, ce qui nous permet de réfléchir à l’interrogation: pourquoi ne pas essayer, chez nous ?

 

Deuxièmes essais de réponses en forme d’interrogations.

 

Plusieurs interrogations sont liées à cette question essentielle, renvoyant à l’utilité de l’école, et au sens de notre vie, et à l’importance des objectifs nationaux, et aussi aux choix politiques qui seront effectués ici et maintenant et dans le futur proche.

 

1.La question de la morale laïque aujourd’hui est-elle une question dépassée, ou une interrogation escamotée sur une pratique désuète ?

2.Peut-on enseigner sans prendre conscience que l’on éduque moralement et tenir une classe sans prendre conscience de l’importance de ce double rôle d’enseignant et d’éducateur ?

3.Est-il plus important de donner l’envie d’aller à l’école, d’être heureux en classe plutôt que de remplir le cerveau des enfants de savoirs qu’ils n’utiliseront que partiellement ? L’apprentissage du savoir-être et du vivre ensemble dans la paix et dans la joie n’est-il pas au moins aussi prioritaire que la construction des connaissances ?

4. L’introduction d’une meilleure atmosphère, de pratiques nouvelles favorisant une vraie spiritualité laïque  et un mieux-être social de l’enfant et  du maître pourraient-ils permettre une forme de « réenchantement de l’école » ? N’est-ce pas ici soit un pari, soit une utopie sérieuse, les deux perspectives ne pouvant que donner  envie  d’agir et de redéfinir, dans un climat de coopération et de débat démocratique réel, les valeurs minimales auxquelles tout esprit républicain, laïc et démocratique est attaché ?

 

 

 Essai de conclusions…

 

À la suite des constats effectués dans les écoles de France par chacun dans notre contexte social, éducatif, culturel, et liés à l’individualisme, à la montée de violences et à la demande importante d’éthique dans notre espace socio-éducatif, la recherche doctorale présentée suggère donc, en alternatives à l’éducation morale traditionnelle, plusieurs stratégies de restauration : la formation d’une première conscience éthique de l’enfant grâce à une éthique minimale et une restauration de l’apprentissage de la démocratie, une éducation à la spiritualité laïque, composée d’un part d’un éveil aux valeurs humaines, de pratiques pédagogiques nouvelles ou peu usitées en France. Ces activités sont toutes susceptibles  de juguler la violence et de développer des qualités humanistes, et un retour du sacré dans l’espace laïc scolaire qui permettront non seulement de favoriser un vivre ensemble imprégné de paix et de calme, et d’initier une pédagogie de la bienveillance qui pourrait permettre une amélioration de l’autorité éducative et de l’écoute, un espace laïcisé de tolérance promouvant le respect mutualisé, une évolution humanisante des pratiques de l’évaluation, et un souci du bonheur de l’enfant à l’école.

 

 Ces propositions sont ici croisées par deux fils rouges basiques de fonctionnement, la gestion démocratique des apprentissages et la consolidation d’une laïcité réaffirmée dans son champ d’humanité, de rigueur et de tolérance. Encore faudra-t-il ne pas oublier une formation solide, initiale et continuée des professeurs, qui leur permettra de relever ces défis, et réformer les gestions pyramidales et hiérarchiques du système éducatif pour y installer plus de clarté, d’harmonie, de cohérence, de solidarité, toutes au service d’une vie bonne dans une administration à la fois juste et humaniste. Encore faudra-t-il que ces propositions soient mises en mesure dans un ensemble de programmes rénovés qui puissent accorder autant d’importance au savoir-être qu’à la construction des savoirs, en harmonisant les didactiques de la cognition avec les apprentissages comportementaux dans un système social, éducatif et scolaire délibérément imprégné de paix et de non-nuisance, de bienveillance et respect mutuels.

 

 

                                                                                                                                                                                                                                           Guy LHEUREUX  [17]

 

 

 

NOTES DE L’AUTEUR :

[1] L’auteur fut instituteur 18 ans (Nord de la France) et Inspecteur Formateur d’enseignants vingt ans (Anjou)  

[2] Thèse soutenue en décembre 2012 (Rennes 2)  codirigée par MM. Gérard Sensevy (Brest) et H.L. Go (Nancy) Elle est accessible s/dossier ARCHIVES OUVERTES:  http://tel.archives-ouvertes.fr/docs/00/77/58/97/PDF/2012theseLheureuxG.pdf

[3] On pense ici notamment à l’apprentissage coopératif de type Freinet dans l’école expérimentale de Vence ; voir sur ce sujet l’ouvrage de H.L. Go : Freinet à Vence, 2004 (Presses Universitaires de Nancy)

[4] Ouvrage de pédagogie pratique réalisé par 4 co-auteurs : François Braud, Oscar Brenifier, Sylvie Espacier et Nicolas Olivier-Moreau : 50 activités pour enseigner l’éducation civique et morale (2011). CRDP Midi-Pyrénées.

[5] Voir Edgar Morin, in « Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur (Seuil Paris)

[6] Rosenberg  B. M. (2005) Les mots sont des fenêtres. Introduction à la Communication Non Violente (éditions La Découverte)

[7] Le yoga en milieu scolaire:des enfants qui réussissent, de M. Flack & J. Coulon, chez Desclée de Brouwer (2005)

[8] Mais aussi les Droits de l’Enfant, qui sont sacrés et respectables autant que les autres droits et devoirs, tels que définis dans une Convention Internationale Relative aux Droits de l’Enfant  - CIDE - ( UNICEF, 1989).

[9] Reboul O. (2006)  Les valeurs de l’éducation. (pp.114-115)

[10] Valeurs et Éducation in Éducation et philosophie : approches contemporaines. Paris : ESF,  (1999)                      

[11] Valadier P. (2008), La morale sort de l’ombre, aux éditions Desclée de Brower, page 11.

[12] André C., Kabat-Zin J., Rabhi P., & Ricard M. (2013) Se changer, changer le monde, Edit. L’Iconoclaste

[13] Ricœur, P. (1990) Soi-même comme un autre (Seuil, Paris)

[14] Descombes, V. (2007). Le raisonnement de l’Ours et autres essais de philosophie pratique. Paris : Seuil. (417/418)

[15] Loeffel, L.  École, morale laïque et citoyenneté aujourd’hui [PUS,2010] Mme Loeffel a mené des recherches sur les sources intellectuelles de la morale laïque scolaire, tout particulièrement sur ses enracinements spiritualistes et religieux. Ses recherches ont porté également sur l’éducation du citoyen. Voir également les deux ouvrages Enseigner la démocratie, [Paris : Armand Colin, 2009], mais aussi Repenser l’enfance (avec Alain Kerlan), [Paris : Hermann, 2012].

[16] Prairat E. (2010) L’autorité éducative,(« L’autorité éducative, déclin, érosion, ou métamorphose » (P.U.N. Nancy).

[17] Outre la consultation indiquer en 1, on pourra consulter cette recherche sur l’ouvrage qui sortira chez l’Harmattan « L’éducation morale hier, aujourd&

Ouvrage sur éducation morale et éthique scolaire

Un premier ouvrage vient de paraître

 

ÉDUCATION MORALE ET ÉTHIQUE SCOLAIRE HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN

Une éthique minimale et un éveil à la spiritualité laïque peuvent-ils servir d’alternative à la morale traditionnelle dans les écoles  françaises?

 

Guy LHEUREUX

 

Préface de Stéphane Hessel Postface de Thomas d’Ansembourg,

Laurence Loeffel, Pierre Rahbi et Patrick Viveret

 

 

Couverture

 

                                      Cette recherche doctorale propose ici non seulement une historiographie de l’éducation morale entre les années Ferry et les années Mitterrand- Sarkozy, mais aussi un étayage des concepts théoriques liés à l’éthique et l’interrogation sur la morale d’aujourd’hui, ainsi qu’une authentique réflexion philosophique sur le désert de la morale scolaire et l’absence d’éthique, dans une société française contemporaine cancérisée par le consumérisme, le « chacun-pour-soi », le « tout/ tout-de-suite » et l’addiction des jeunes aux écrans, à la compétition.

                   Mais le chercheur ne se contente pas de ces constats : il suggère des pistes concrètes pour une authentique révolution éducative:

                              > l’école publique française peut-elle réussir à restaurer une éthique minimale ? et....

                              > Peut-elle développer une spiritualité laïque susceptible de lutter contre la violence  ? ,

                             > Les écoles en France  pourraient-elles éveiller aux valeurs humanistes et de reconsidérer le concept de «sacré laïc»                                      le tout appliqué dans des activités nouvelles en classe ? Les enfants français peuvent-ils bénéficier aujourd’hui et demain d’une pédagogie de la bienveillance qui a déjà fait ses preuves en Europe, avec  des résultats qu’on souhaiterait aux enfants de nos écoles ? Et pourquoi ne pas essayer les propositions d’un vieux routard de la pédagogie dont les basiques incontournables restent la démocratie et la laïcité ?

 

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PREFACE DE STEPHANE HESSEL

VOICI LE MESSAGE DE STEPHANE HESSEL

Rédigé 39 jours avant sa disparition

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Préface

 

….Et si l’école publique française ne pouvait plus jamais… se passer des valeurs  humanistes ?

 

L’école publique française peut-elle se passer d’éducation morale ? Voilà une question qui me paraît essentielle quand on réfléchit à l’enseignement des enfants d’aujourd’hui et à la construction des futurs citoyens de demain. Monsieur Guy Lheureux, qui a d’abord exercé cette belle fonction d’instituteur laïc pendant plus de 20 ans dans le Nord de la France et qui fut ensuite Inspecteur de l’Éducation nationale pendant 20 ans dans le beau pays d’Anjou, le sait bien, confronté pendant quarante ans à cette question importante dans l’exercice de ses rôles éducatifs et formatifs…

 

Ce n’est pas une mince affaire que de commencer et finaliser une thèse sur l’éthique et la morale quand on est retraité, qu’on habite un pays fréquemment confronté au rejet de la morale traditionnelle et de l’autorité sous ses multiples formes – on se souvient sans peine de la formule « Il est interdit d’interdire » pouvait-on lire sur les murs des manifestations de mai 1968 -, quand on a conscience que notre société contemporaine est - partiellement- soumise à un consumérisme et un individualisme effrénés où l’éthique minimale a été remplacée par un « chacun pour soi » et un « tout- tout de suite » qui laissent perplexes les éducateurs de tous bords !

 

Mais surtout chaque éducateur, chaque professeur, chaque enseignant ne peut oublier qu’enseigner, c’est éduquer et c’est aussi former moralement l’enfant, car sans formation morale, on ne peut enseigner : c’est ce que rappelle le chercheur quand il souligne les arguments de 2 philosophes : John Dewey pour qui enseigner, c’est fixer un cadre moral ; Paul Ricœur qui déclare « la vie bonne doit être pensée et mise en actes avec et pour les autres, dans des institutions justes ». Notre école et nos enseignants ont donc mission et fonction d’inculquer les fondements d’une morale minimale qui permet aux enseignants d’enseigner et aux éducateurs d’éduquer. L’inspecteur- auteur nous renvoie aussi à Vincent Descombes qui dans Le raisonnement de l’Ours insiste sur l’importance de moraliser quand on enseigne : « Aucun éducateur ne peut donc assumer son œuvre éducative en se passant de morale. Pour enseigner la morale, l’éducateur doit pouvoir jouir d’une autorité reconnue par les élèves. : « Quel que soit son domaine de compétence, un éducateur doit faire passer chez ses élèves une leçon de morale humaine et pas seulement un savoir ou un savoir-faire dans tel ou tel domaine. Il doit leur communiquer, non seulement une compétence dans une discipline, mais, pourrait-on dire, la « moralité » de l’apprentissage (comme il y a la « moralité » qu’on tire de la fable) ».1

 

Que suggère l’auteur de cette thèse ? D’une part, une éthique minimale est proposée, qui fixe le cadre sociétal, notamment la laïcité et la démocratie, valeurs essentielles sans lesquelles la France ne serait pas la France si elle ne possédait pas ces attributs si fondamentaux, l’un établi par les lois de 1905, l’autre depuis la révolution, car la France ne serait pas la République Française sans la Démocratie qui la fonde et la définit dans son essence. Mais aussi les valeurs humanistes, incontournables dans leurs applications du vivre ensemble, et nécessaires pour construire la solidarité, la coopération entre les hommes, l’attention aux autres, la générosité, la non-violence et l’esprit de paix, toutes essentielles pour faire barrage à l’individualisme, construire le futur citoyen, promouvoir un lien social pacifique, et restaurer cette "humanitude" qui respecte la dignité de l’être humain et promeut le respect comme valeur cardinale des individus qui vivent ensemble dans les sociétés républicaines et démocratiques d’aujourd’hui.

 

D’autre part, un éveil  à la spiritualité  laïque susceptible d’installer l’esprit de paix, d’enrayer l’agressivité mutuelle, de retrouver sérénité et capacité d’écoute et d’attention, redécouvrir le « sacré laïc », réapprendre à s’émerveiller et à s’accepter, grâce à des activités nouvelles qui ont fait leurs preuves dans d’autres pays européens et qui apportent des résultats tangibles : les arts martiaux, l’éveil aux valeurs humaines, l’assise silencieuse et le yoga à l’école, la communication non-violente, et le développement de l’intelligence divergence. Bref, une pédagogie de la bienveillance, un mieux-vivre des élèves à l’école, un meilleur équilibre entre le corps et l’esprit, l’extérieur et l’intérieur, une place plus importante accordée au savoir-être aussi essentiel que les savoirs intellectuels, dans le respect mutuel des fonctions et des rôles, des autorités et des fragilités, et permettant d’espérer l’épanouissement des personnalités enfantines et professorales.

Quand on fut témoin de la rédaction de la Charte des Droits de l’Homme, on ne peut qu’encourager une telle initiative allant dans le sens d’une école en meilleure santé qui conjuguera un savoir-être scolaire favorisant le vivre ensemble, une éducation du respect, un éveil au sacré laïc avec une vie sociale meilleure, et une restauration d’une éthique minimale essentielle conduisant  à  la  pacification  des  comportements :  ces  réflexions  et  ces propositions nouvelles présentées par Monsieur Guy Lheureux sont les bienvenues au moment même où notre État s’interroge sur la réhabilitation de la morale laïque et sur les contours philosophiques et pédagogiques qui devront être définis ; cette nouvelle philosophie de l’éducation en France pourra tout-à-la-fois aider à résoudre les questions d’autorité, de violence et d’orientation, de répondre à l’inquiétude légitime des familles et des enseignants, et d’innover pour un mieux-être des élèves, toutes des évolutions qui permettront d’espérer des meilleurs résultats scolaires demain et après-demain dans nos écoles élémentaires.

 

En effet, la paix ne se décrète pas, elle s’apprend et elle s’éveille dans le concret ; la non-violence s’éduque par la pratique quotidienne, tout comme l’autorité et la concentration peuvent être restaurées grâce à une plus grande prise en compte du respect mutuel systématique de tous les acteurs, et une redéfinition des rôles, des fonctions et des responsabilités dans un cadre strictement laïc et démocratique : une pédagogie de la bienveillance peut autoriser chacun à s’épanouir, à réussir quels que soient les points faibles et les points forts de l’élève : une nation se doit d’aider et d’accompagner ses enfants les plus faibles pour parvenir à un savoir-faire minimum commun tout en leur tendant la main pour le passage des gués difficiles dans la construction scolaire du futur citoyen.

 

Ces évolutions, aussi nécessaires soient-elles, exigeront une formation des enseignants revue, réactualisée et redéfinie, une renégociation des responsabilités des différents acteurs, qu’ils soient enseignants, parents, administrateurs ou apprentis, dans le cadre de contrats et de chartes précisant les devoirs et les obligations de chacun, dans le strict respect de l’esprit démocratique et laïc devant imprégner la créativité des équipes qui réfléchiront aux applications éducatives et pédagogiques que ces propositions sous-tendent.

 

 

 Les objectifs permanents et partagés de l’éducation, que notre conscience nationale poursuit, ne doivent pas être perdus de vue : notre école doit s’efforcer d’être épanouissante, efficace, tolérante et respectueuse des rôles et des fonctions de chacun, dans un cadre scolaire qui donne envie et le goût à chaque partenaire de donner le mieux de lui-même pour agir dans le sens non seulement des performances, mais du bien-être, du bien vivre ensemble  dans la seule direction de notre bien commun.

 

 Notre république se doit de souligner son attachement à la rénovation et à la restauration d’une éthique minimale et humaniste dans l’école française d’aujourd’hui.

Enfin, je me réjouis de constater que des personnalités de grande valeur aient accepté d’apporter leur contribution au travail du chercheur en enrichissant cet ouvrage de leurs réflexions empreintes de sagesse, d’expérience et d’humanité. De même, ai-je plaisir à remercier Monsieur Guy Lheureux pour l’intérêt de sa démarche, la qualité de la réflexion qu’il présente, la pertinence de ses propositions : il est donc à espérer que de nombreux chercheurs et éducateurs aillent puiser dans cette thèse des idées et des orientations qui ne manqueront pas de marquer l’école française de demain, vers une scolarisation heureuse et réussie autant que la vie quotidienne qui l’accompagne.

(1) Vincent Descombes " Le raisonnement de l'Ours et autres essais de philosophie pratique" (pages 417:418) aux éditions du Seuil (2007)

 

                   Mercis chaleureux à l'Ami  Stéphane Hessel   

Janvier 2013 hessel.jpg

 

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A qui s’adresse cet ouvrage ?

Aux parents, aux éducateurs, aux chercheurs en  éducation et pédagogie, aux enseignants de tous bords, aux instituteurs et aux professeurs d'école et de collège et de lycée, aux personnels de la petite enfance, aux administrateurs, aux inspecteurs, aux personnes qui sont sensibles à une  éthique minimale dans notre société, aux individus qui cherchent des solutions pour faire diminuer la violence, aux politiques de tous bords, aux citoyens de France et des pays francophones (Canada, Belgique, Luxembourg, Suisse, pays d'Afrique en ex-AOF, territoires d'Outremer, etc) aux formateurs de toutes obédiences, aux  étudiants qui se destinent à un job lié avec éducation ou enseignements, aux IUFM  et aux C.F.P. , aux nouveaux instituts appelés ESFE , aux praticiens de CNV,  aux professeurs de yoga ou d'arts martiaux, personnes qui travaillent sur les valeurs humaines,  précepteurs et nourrices, etc....

 

 

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                                              -> A. Soit  vous le commandez auprès de l'éditeur sur le site de l'Harmattan / 

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      Prière de préparer  1 chèque de 41€ à l’ordre de Guy .Lheureux   Et l’envoyer à Mr Guy Lheureux 21 rue Gaspalon 49800 Trélazé (  49800)                           [soit 36€+4€60 colissimo+0€4enveloppe matelassée] et  précisez vos noms et  votre adresse ainsi que le prénom pour la dédicace                      soit vous consultez le site de l’auteur à : www.lheureux.biz/     Merci à vous par avance!

 

 

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VOICI LE MESSAGE DE STEPHANE HESSEL

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Préface

 

….Et si l’école publique française ne pouvait plus jamais… se passer des valeurs  humanistes ?

 

 

L’école publique française peut-elle se passer d’éducation morale ? Voilà une question qui me paraît essentielle quand on réfléchit à l’enseignement des enfants d’aujourd’hui et à la construction des futurs citoyens de demain. Monsieur Guy Lheureux, qui a d’abord exercé cette belle fonction d’instituteur laïc pendant plus de 20 ans dans le Nord de la France et qui fut ensuite Inspecteur de l’Éducation nationale pendant 20 ans dans le beau pays d’Anjou, le sait bien, confronté pendant quarante ans à cette question importante dans l’exercice de ses rôles éducatifs et formatifs…

 

Ce n’est pas une mince affaire que de commencer et finaliser une thèse sur l’éthique et la morale quand on est retraité, qu’on habite un pays fréquemment confronté au rejet de la morale traditionnelle et de l’autorité sous ses multiples formes – on se souvient sans peine de la formule « Il est interdit d’interdire » pouvait-on lire sur les murs des manifestations de mai 1968 -, quand on a conscience que notre société contemporaine est - partiellement- soumise à un consumérisme et un individualisme effrénés où l’éthique minimale a été remplacée par un « chacun pour soi » et un « tout- tout de suite » qui laissent perplexes les éducateurs de tous bords !

 

Mais surtout chaque éducateur, chaque professeur, chaque enseignant ne peut oublier qu’enseigner, c’est éduquer et c’est aussi former moralement l’enfant, car sans formation morale, on ne peut enseigner : c’est ce que rappelle le chercheur quand il souligne les arguments de 2 philosophes : John Dewey pour qui enseigner, c’est fixer un cadre moral ; Paul Ricœur qui déclare « la vie bonne doit être pensée et mise en actes avec et pour les autres, dans des institutions justes ». Notre école et nos enseignants ont donc mission et fonction d’inculquer les fondements d’une morale minimale qui permet aux enseignants d’enseigner et aux éducateurs d’éduquer. L’inspecteur- auteur nous renvoie aussi à Vincent Descombes qui dans Le raisonnement de l’Ours insiste sur l’importance de moraliser quand on enseigne : « Aucun éducateur ne peut donc assumer son œuvre éducative en se passant de morale. Pour enseigner la morale, l’éducateur doit pouvoir jouir d’une autorité reconnue par les élèves. : « Quel que soit son domaine de compétence, un éducateur doit faire passer chez ses élèves une leçon de morale humaine et pas seulement un savoir ou un savoir-faire dans tel ou tel domaine. Il doit leur communiquer, non seulement une compétence dans une discipline, mais, pourrait-on dire, la « moralité » de l’apprentissage (comme il y a la « moralité » qu’on tire de la fable) ».1

 

Que suggère l’auteur de cette thèse ? D’une part, une éthique minimale est proposée, qui fixe le cadre sociétal, notamment la laïcité et la démocratie, valeurs essentielles sans lesquelles la France ne serait pas la France si elle ne possédait pas ces attributs si fondamentaux, l’un établi par les lois de 1905, l’autre depuis la révolution, car la France ne serait pas la République Française sans la Démocratie qui la fonde et la définit dans son essence. Mais aussi les valeurs humanistes, incontournables dans leurs applications du vivre ensemble, et nécessaires pour construire la solidarité, la coopération entre les hommes, l’attention aux autres, la générosité, la non-violence et l’esprit de paix, toutes essentielles pour faire barrage à l’individualisme, construire le futur citoyen, promouvoir un lien social pacifique, et restaurer cette "humanitude" qui respecte la dignité de l’être humain et promeut le respect comme valeur cardinale des individus qui vivent ensemble dans les sociétés républicaines et démocratiques d’aujourd’hui.

 

D’autre part, un éveil  à la spiritualité  laïque susceptible d’installer l’esprit de paix, d’enrayer l’agressivité mutuelle, de retrouver sérénité et capacité d’écoute et d’attention, redécouvrir le « sacré laïc », réapprendre à s’émerveiller et à s’accepter, grâce à des activités nouvelles qui ont fait leurs preuves dans d’autres pays européens et qui apportent des résultats tangibles : les arts martiaux, l’éveil aux valeurs humaines, l’assise silencieuse et le yoga à l’école, la communication non-violente, et le développement de l’intelligence divergence. Bref, une pédagogie de la bienveillance, un mieux-vivre des élèves à l’école, un meilleur équilibre entre le corps et l’esprit, l’extérieur et l’intérieur, une place plus importante accordée au savoir-être aussi essentiel que les savoirs intellectuels, dans le respect mutuel des fonctions et des rôles, des autorités et des fragilités, et permettant d’espérer l’épanouissement des personnalités enfantines et professorales.

Quand on fut témoin de la rédaction de la Charte des Droits de l’Homme, on ne peut qu’encourager une telle initiative allant dans le sens d’une école en meilleure santé qui conjuguera un savoir-être scolaire favorisant le vivre ensemble, une éducation du respect, un éveil au sacré laïc avec une vie sociale meilleure, et une restauration d’une éthique minimale essentielle conduisant  à  la  pacification  des  comportements :  ces  réflexions  et  ces propositions nouvelles présentées par Monsieur Guy Lheureux sont les bienvenues au moment même où notre État s’interroge sur la réhabilitation de la morale laïque et sur les contours philosophiques et pédagogiques qui devront être définis ; cette nouvelle philosophie de l’éducation en France pourra tout-à-la-fois aider à résoudre les questions d’autorité, de violence et d’orientation, de répondre à l’inquiétude légitime des familles et des enseignants, et d’innover pour un mieux-être des élèves, toutes des évolutions qui permettront d’espérer des meilleurs résultats scolaires demain et après-demain dans nos écoles élémentaires.

 

En effet, la paix ne se décrète pas, elle s’apprend et elle s’éveille dans le concret ; la non-violence s’éduque par la pratique quotidienne, tout comme l’autorité et la concentration peuvent être restaurées grâce à une plus grande prise en compte du respect mutuel systématique de tous les acteurs, et une redéfinition des rôles, des fonctions et des responsabilités dans un cadre strictement laïc et démocratique : une pédagogie de la bienveillance peut autoriser chacun à s’épanouir, à réussir quels que soient les points faibles et les points forts de l’élève : une nation se doit d’aider et d’accompagner ses enfants les plus faibles pour parvenir à un savoir-faire minimum commun tout en leur tendant la main pour le passage des gués difficiles dans la construction scolaire du futur citoyen.

 

Ces évolutions, aussi nécessaires soient-elles, exigeront une formation des enseignants revue, réactualisée et redéfinie, une renégociation des responsabilités des différents acteurs, qu’ils soient enseignants, parents, administrateurs ou apprentis, dans le cadre de contrats et de chartes précisant les devoirs et les obligations de chacun, dans le strict respect de l’esprit démocratique et laïc devant imprégner la créativité des équipes qui réfléchiront aux applications éducatives et pédagogiques que ces propositions sous-tendent.

  Les objectifs permanents et partagés de l’éducation, que notre conscience nationale poursuit, ne doivent pas être perdus de vue : notre école doit s’efforcer d’être épanouissante, efficace, tolérante et respectueuse des rôles et des fonctions de chacun, dans un cadre scolaire qui donne envie et le goût à chaque partenaire de donner le mieux de lui-même pour agir dans le sens non seulement des performances, mais du bien-être, du bien vivre ensemble  dans la seule direction de notre bien commun.

 

 Notre république se doit de souligner son attachement à la rénovation et à la restauration d’une éthique minimale et humaniste dans l’école française d’aujourd’hui.

Enfin, je me réjouis de constater que des personnalités de grande valeur aient accepté d’apporter leur contribution au travail du chercheur en enrichissant cet ouvrage de leurs réflexions empreintes de sagesse, d’expérience et d’humanité. De même, ai-je plaisir à remercier Monsieur Guy Lheureux pour l’intérêt de sa démarche, la qualité de la réflexion qu’il présente, la pertinence de ses propositions : il est donc à espérer que de nombreux chercheurs et éducateurs aillent puiser dans cette thèse des idées et des orientations qui ne manqueront pas de marquer l’école française de demain, vers une scolarisation heureuse et réussie autant que la vie quotidienne qui l’accompagne.

(1) Vincent Descombes " Le raisonnement de l'Ours et autres essais de philosophie pratique" (pages 417:418) aux éditions du Seuil (2007)

 

Stéphane Hessel   

 

 

Janvier 2013 Mes sincères hommages et gratitudes  à ce grand homme!

(Il a accepté de composer cette préface un mois et demi avant se disparition)

                   Hessel

 

QUI EST GUY LHEUREUX?

 

QUI EST GUY LHEUREUX??

Caricature

Guy Lheureux est Inspecteur de l’Éducation nationale et Docteur ès Sciences de l’éducation.

Instituteur 20 ans dans le Nord de la France (Picardie) , il fut 20 ans inspecteur-formateur d’enseignants en Anjou.(Maine-Et-Loire)

Sa vie professionnelle l’a conduit, pendant sa retraite, à rédiger une thèse dont le sujet lui tenait à cœur : la restauration d’une éthique minimale, l’éveil aux valeurs humaines et à la spiritualité laïque dans les écoles de France...peuvent-ellesdévelopper les qualités de coeur des enfants et instaurer une pédagogie de la bienveillance?

Peintre et poète amateur, chargé de missions sur les arts plastiques, sur la restauration scolaire, ou sur la petite enfance et la Maternelle Française, il a poursuivi des hautes études en philosophie, en psychologie et en pédagogie dans les universités d’Amiens, de Nantes, de Paris, et Rennes.

Enfin, il s’intéresse à la recherche universitaire qui tisse des liens entre la spiritualité, la laïcité et le sacré...

 

Les phrases que Lugguy.Guy aime ou apprécie :

 

"" Etre sage c'est admettre la fragilité de ce que nous pensons et la faiblesse des arguments qui fondent nos certitudes" (Emile Salbran)

 

"Quand quelqu'un te blesse , vois-le comme un enseignant attentionné qui te montre le chemin de la libération, et qui mérite ton respect."

(Diligo Kyentsé Rinpoché, in "Three shorts teachings")